29.04.2009

ALERTEZ LES BEBES 3

2211 012.JPG

Lu sur le site "pasde0deconduite" (www.pasde0deconduite.ras.eu.org) le texte d'un chronobiologiste en colère.

Comme moi, la communauté éducative s'interroge :

 

Le Président de la République et son gouvernement n’aiment pas les enfants
par Hubert Montagner*


Y-a-t-il une place pour l’enfant dans la société française ?


Alors que le monde s’apprête à célébrer le XXème anniversaire de la Charte Internationale
des Droits de l’Enfant, il est infiniment regrettable que la “société des adultes” n’accorde
toujours pas aux enfants la place qui devrait leur revenir, et le respect qui devrait leur être dû.


Les propos, décisions et mesures du Président de la République française et de son
gouvernement en fournissent une illustration caricaturale. Malheureusement, l’opinion
publique qu’ils anesthésient et brutalisent n’est pas vraiment consciente que la condition de
nombreux enfants est précaire dans une jungle de pouvoirs et d’égoïsmes qui génèrent peurs,
stress, blocages affectifs et inhibitions, inquiétude, anxiété et angoisse, “troubles” somatiques
et psychiques.

Ou alors, les enfants sont “oubliés” ou niés.

Quelques exemples sont
particulièrement édifiants.


* La suppression de maternités sans considération ou évaluation sérieuse des conséquences
humaines et médicales, parfois graves pour la mère et son bébé.


* La remise en question larvée de la durée du congé de maternité (propos récents du Président
de la République) après “le retour en fanfare” de la Garde des Sceaux aux affaires politiques
quatre jours après avoir mis un bébé au monde. Ce qui met implicitement en cause la durée
actuelle du congé parental à l’occasion d’une naissance. Evidemment, tant mieux pour elle si
son accouchement s’est bien passé et si son bébé se porte comme un charme. Tant mieux pour
elle si un ou des tiers ont pu garder le bébé à son retour dans son ministère. Mais, la garde des
Sceaux paraît ignorer dans sa superbe les difficultés, contraintes, obligations et souffrances
qui nécessitent pour de nombreuses mamans un arrêt de travail d’une durée de plusieurs
semaines, parfois des mois, avant et après l’accouchement. Elle n’a pas eu un mot pour elles.
En tout cas, on ne l’a pas entendu. En outre, de toute évidence, elle ne sait pas que, tout au
long de l’après-naissance, les interactions accordées entre la mère et son bébé sont nécessaires
pour qu’un attachement “sécure” s’installe entre eux. Il faut bien plus de quatre jours pour que
l’attachement se consolide. Le plus souvent, plusieurs semaines sont nécessaires pour que les
deux personnes puissent s’ajuster l’une à l’autre dans leurs rythmes, leurs comportements,
leurs émotions et leur affectivité, et pour que le père et la fratrie puissent trouver leur place.
C’est encore plus compliqué lorsque les mères vivent seules, dans la détresse ou sans attache
familiale. Quel égoïsme !


* L’insuffisance qualitative et quantitative des structures d’accueil pour la petite enfance
(crèches et structures apparentées), alors que la natalité en France est la plus forte d’Europe ...
et du monde occidental.


* L’insuffisance ou l’inexistence dans ces structures de places réservées aux enfants porteurs
d’un handicap, aux enfants “border line” et aux enfants dont les parents sont issus de
l’immigration, en particulier quand leurs revenus ne leur permettent pas d’envisager cette
possibilité (les crèches ne sont pas gratuites).


* La négation de l’importance du rythme veille-sommeil dans la croissance, le développement
et les équilibres de l’enfant, c’est-à-dire la succession des épisodes de sommeil au cours des
24 heures, en particulier la ou les siestes.

On a en effet entendu le Ministre de l’Education
Nationale s’étonner qu’il faille assurer aux professeurs des écoles une “formation bac +5”
pour qu’ils fassent “faire la sieste” aux enfants de l’école maternelle. C’est évidemment
indigne. Pourquoi le Ministre reste-t-il pas au moins une journée dans les écoles qu’il visite
plutôt que frimer devant les caméras ? Il constaterait alors que la grande majorité des enfants
de la petite section et de la moyenne section ont besoin d’une sieste reconstituante à la mijournée
(avec des visites renouvelées, il pourrait enfin apprécier l’importance de l’école
maternelle dans le développement corporel et cérébral de l’enfant). La méconnaissance ou le
non respect de la sieste dans la famille, à la crèche, à l’école maternelle et ailleurs, ont
logiquement pour conséquence une diminution de la durée du sommeil quotidien. Par ailleurs,
toutes les études récentes montrent que, à tous les âges, la durée du sommeil nocturne a
diminué au cours des vingt dernières années.

En conséquence de la diminution de la durée du
sommeil nocturne et du non respect de la sieste, on réduit logiquement les capacités de
récupération physique, physiologique, mentale et intellectuelle de l’enfant, mais aussi sa
vigilance, ses capacités d’attention et de traitement de l’information. On perturbe sa
croissance, ses équilibres affectifs et biologiques, ses capacités de mémorisation et la
consolidation de ses apprentissages.

Que fait le Ministre de l’Education Nationale pour
prendre en compte cette réalité ? RIEN, sinon fustiger les enseignants d’école maternelle
soucieux de respecter le rythme veille-sommeil des enfants.


* L’absence de stratégies et lieux d’accueil appropriés pour recevoir les enfants et leur famille
dans les différentes structures de vie et d’éducation, parfois de soins, pour la petite enfance,
notamment quand ils sont en difficulté et présentent des particularités biologiques ou
psychologiques qui en font des personnes “pas comme les autres”.


* Le lancement de l’idée de créer des jardins d’éveil pour garder les jeunes enfants, sans
aucune réflexion ou conceptualisation. Ce sont des coquilles vides, “justifiées” notamment par
le colloque “L’école à deux ans : est-ce bon pour l’enfant ?” qui s’est tenu le 1er avril 2006 à
l’Assemblée Nationale, et l’ouvrage collectif publié en août 2006 par les Editions Odile
Jacob. J’ai participé à ce colloque pour expliquer pourquoi il est nécessaire d’améliorer les
structures existantes (crèches, écoles maternelles ...), et non pas pour demander la suppression
de l’une ou l’autre. Si on se fonde sur la recherche fondamentale, les observations cliniques et
le vécu des éducateurs et enseignants, il faut rénover les structures d’accueil et en créer de
nouvelles. Elles doivent avoir pour mission d’accueillir tous les enfants, sans exclusive, et
donc être gratuites (il est important qu’elles soient sous la responsabilité d’une équipe
pluridisciplinaire, constituée notamment de Professeurs des écoles : pour plus de précisions,
voir le document “les crèches-écoles enfantines”). De toute évidence, avec les jardins d’éveil,
le projet du gouvernement (et pas seulement des deux sénateurs qui l’ont rédigé), est de créer
des structures privées dont la logique serait le profit : non fondées sur un accueil optimisé des
enfants et de leur famille, et sur un aménagement approprié du temps et des espaces, elles
auraient pour objectif et finalité de rapporter de l’argent à leurs promoteurs et constructeurs,
c’est-à-dire d’obéir à une logique marchande.

Le Président de la République et le
gouvernement penseraient-il à des amis patrons d’entreprise ?


* L’absence de réflexion véritable sur les finalités, le fonctionnement et l’organisation de
l’école maternelle pour tous les enfants, sans laisser un seul au bord de la route. Alors que tout
le monde s’accorde à reconnaître son importance, les “décideurs” et les autres responsables du
système éducatif la laissent volontairement dans le flou. Pauline KERGOMARD et ses amis
pédagogues doivent se retourner dans leur tombe devant les menaces qui pèsent sur l’école
maternelle qu’elles ont inventée au XIX ième siècle, et que de nombreux pays nous envient.

L’absence de définition claire des finalités de l’école maternelle, de son organisation et de son
fonctionnement, la rend vulnérable et ouverte à tous les appétits ou idéologies. Allons-nous
permettre qu’elle soit démantelée et/ou bradée pour augmenter les profits de quelques-uns ?


* L’aménagement du temps scolaire à contretemps des rythmes et du développement des
enfants ... de tous les enfants, mais surtout ceux qui sont en difficulté, l’organisation de la
journée à l’école étant la même de la petite section de l’école maternelle (enfants de trois à
quatre ans, parfois de deux à trois ans) au CM2 (écoliers de dix à onze ans). Le passage
généralisé de la semaine de quatre jours et demi à la semaine de quatre jours entraîne une
augmentation de la pression relationnelle et intellectuelle sur les enfants car les enseignants
doivent faire en quatre jours ce qu’ils faisaient en quatre jours et demi. Sous la pression de la
hiérarchie, mais aussi parce qu’ils sont convaincus de cette “nécessité”, ils privilégient
“logiquement” les apprentissages des “fondamentaux” (vocabulaire, grammaire, syntaxe de la
langue française ; calcul et mathématiques). Il ne reste plus de temps suffisant pour les autres
apprentissages et activités (arts plastiques, musique, chant choral, biologie, histoire,
géographie, découverte de l’environnement ...), et aussi pour les moments de détente,
soupapes absolument nécessaires, surtout lorsque les enfants sont en difficulté. Il est fréquent
que le manque de temps dans la journée entraîne également une augmentation horaire de la
journée scolaire la plus longue du monde parce que, faute de temps suffisant dans la journée
(“on n’y arrive pas” disent-ils), un nombre non négligeable d’enseignants prolongent l’aprèsmidi
scolaire jusqu’à 16h.40, 16h.50 ou au delà. Il faut ajouter le temps consacré aux devoirs
à la maison alors qu’ils sont interdits par une dizaine de circulaires ministérielles. Que
deviennent en fin d’après-midi les temps d’activités ludiques, d’apaisement, de sécurité
affective, de tendresse ... avec les parents et les autres partenaires familiaux ou familiers ? La
France a ainsi la “super journée” la plus longue du monde. Pourtant, le Ministre de
l’Education Nationale qui a institué la semaine de quatre jours, aggravant ainsi les difficultés
des enfants vulnérables, en souffrance ... se répand maintenant dans les médias en disant qu’il
est contre cette semaine. Où est la cohérence ? Faut-il rappeler que, pour imposer cette
semaine, il a tenté de disqualifier les scientifiques en affirmant dans les médias que la
chronobiologie est une spécificité française ! Ses propos sont non seulement diffamatoires,
mais également stupides. N’importe qui peut “cliquer” chronobiologie ou rythmes biologiques
sur internet, et constater la richesse de ce champ disciplinaire et pluridisciplinaire.

* L’aggravation en classe de la pression intellectuelle et relationnelle avec la forte augmentation du poids des “fondamentaux” au cours de chaque journée scolaire, combinée à
la semaine de quatre jours, encore plus dévastatrice, surtout pour les enfants en difficulté. Les
dégâts sont évidents : en 2008-2009, la grande majorité des enfants de l’école élémentaires
sont fatigués, souvent épuisés ... mais également nombre d’enseignants. On peut faire
l’hypothèse forte que les consultations des parents auprès du médecin généraliste, du pédiatre
ou du pédopsychiatre, ont été motivées et sont toujours motivées non par les maladies
infantiles, mais par l’état de fatigue, les difficultés d’endormissement, les réveils et
cauchemars nocturnes, les “troubles du comportement” (conduites autocentrées, évitements,
fuites, “hyperactivité”, agressions-destructions, conduites étranges...). Avec pour corollaire la
prescription accrue de béquilles chimiques par des médecins décontenancés et dépourvus
“d’autres moyens thérapeutiques”. On peut pronostiquer que la France va consolider sa place
de championne du monde de la consommation de tranquillisants, somnifères, psychotropes ...
* Les espaces scolaires insuffisants, négligés, pauvres, fermés sur eux-mêmes, anxiogènes ...
non aménagés pour que les enfants puissent construire des alliances du corps et de la pensée.
Les toilettes sont souvent dans un état lamentable.

* La programmation de la suppression des RASED alors qu’il faudrait augmenter leur
nombre, ainsi que la durée et la fréquence de leurs “interventions” auprès des enfants en
difficulté. Comment expliquer la “confusion” persistante du Ministère de l’Education
Nationale, et du ministre lui-même, entre le soutien scolaire apporté quotidiennement aux
élèves par le maître dans la classe et le soutien psychologique et de reconstruction de l’enfant
par les RASED ? Sous prétexte que sur leurs 26 heures “décrétées” pour la semaine, les
enseignants doivent deux heures de “service” devant des enfants “puisque” que le temps
scolaire des enfants “n’est que” de 24 heures. Les patachons du Ministère planifient les
moments de soutien (quel soutien ?)) en dehors de la journée scolaire et aux pires moments :
++ à 16h.30, les enfants sont fatigués, voire épuisés, surtout ceux qui sont en difficulté ... et
bâillent déjà beaucoup, s’affalent sur la table ... au début de l’après-midi quand cela n’est pas
à la fin de la matinée ;
++ à la mi-journée, la neurobiologie a révélé qu’il y a une dépression de la vigilance corticale
(du cerveau) ;
++ avant 09h.00 (souvent 09h.30), il faut aux enfants en difficulté beaucoup plus de temps
qu’aux autres pour retrouver un niveau de vigilance et d’attention sélective qui leur permette
de donner sens et signification au message du maître, donc de comprendre et d’apprendre.
Comment pourraient-ils bénéficier d’un soutien réellement efficace avant 08h.30 ? On ne s’y
prendrait pas autrement si on voulait aggraver les difficultés des enfants à comprendre et
apprendre, surtout ceux qui cumulent les difficultés personnelles, familiales, scolaires,
sociales et autres. Le Président de la République et son gouvernement ont renforcé une école à
deux vitesses, rejetant ainsi les plus vulnérables, démunis, en souffrance ... vers l’échec et la
marginalisation. Et on parle d’intégration ?


* Les fichage et bases de données scolaires qui permettent de suivre les enfants (et les
familles) “à la trace”, et conduisent donc à des risques de stigmatisation et de ségrégation de
ceux qui “ne sont pas comme les autres”.


* L’insuffisance dans la vie quotidienne de lieux récréatifs, sportifs, culturels et autres
réservés aux enfants de tous âges. Où peuvent-ils “se poser”, s’apaiser, canaliser leur trop
plein de mouvement et/ou d’agressivité ? Ainsi se trouvent favorisée l’aggravation de l’autoexclusion
de la vie sociale et de la marginalité, des conduites autocentrées, des évitements
d’autrui, des fuites dans la drogue, l’alcool, le suicide ... la violence.


* Le délabrement ou la détérioration persistante des structures de prévention et de soins qui
accueillent les enfants en difficultés. On peut ajouter l’absence de propositions claires,
concrètes et matérielles pour améliorer les structures spécialisées (hôpitaux de jour, I.M.E.,
I.T.E.P...), et les ouvrir sur la société de façon intelligente.


* La disparition des intersecteurs pédo-psychiatriques, ou leur réduction à leur plus simple
expression.


* L’institutionnalisation de la prison pour les enfants de treize ans (douze ans dans le projet
initial).


Face à ces réalités, on comprend mieux les propos du Ministre des Affaires Etrangères qui
s’interrogeait sur la pertinence du maintien d’un Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme

19.06.2008

politic fiction ?


manif 1706 012.JPG

POURQUOI ON MANIFESTE

La journée d'Enzo 3 septembre 2012
 Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte   la vieille blouse de son frère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-  Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque.
 La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la   classe. Trop de bruit.

La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite   qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas   plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien.

Sa maîtresse a fait la rentrée,   il y a trois semaines, puis est partie en congés. La vieille dame de 65 ans est   là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que  l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal.
Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais   pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître   toutes les dates des croisades. On l'a mis sur la liste des élèves en   difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le   soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la   vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait.

Quand il est arrivé à   la cantine, il ne restait que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux   dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.Il a commencé l'école l'an  dernier, à 5ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire,c'est un choix des   mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école.

Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école à 3ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus,place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et  apprendre à se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de   personnel.
Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante lèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle,   mais seuls les riches y ont accès. Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des   cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les  devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires.

Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux   avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
Enzo est au fond de la classe.. La chaise à côté de lui est vide.   Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de  Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami   pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il parait qu'il   n'avait pas de  papiers... Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère.
Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et  il a besoin de lunettes.. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain Enzo devra   prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard.  

L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école  a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste 
d'enseignant. Ils seront 36 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une  autre école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme  son grand frère Théo,en centre de préformation professionnelle. Peut-être que  les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par   cœur.

Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le   père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne   l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la   mondialisation.
Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la   mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune sœur de  maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe
de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la   pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner.

Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse  dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac  +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » 
Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale,  avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à  Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien…
Enzo se demande pourquoi il est là.
Pourquoi Saïd a dû partir.

Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
Pourquoi il devra prendre le bus.
Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages.
Pourquoi on le punit ainsi.
Pourquoi il n'a pas de lunettes.
Pourquoi il a faim.

 Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en   cours et les annonces du gouvernement. trouvée sur le net

Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux,   nièces, petits voisins, ....., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo,   faites suivre ce mail à votre carnet d'adresse ! Il faut que tout le monde prenne   conscience que c'est ce qui les attend à plus ou moins court terme ! Il faut   que le ministère arrête de détruire l'Education Nationale !!!
Merci pour eux.

(reçu d'un auteur inconnu)